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Là où plus rien ne va

Jour 17

Toute personne traverse, au moins une fois dans sa vie, une période où tout va de travers. Un peu comme si le livreur de chance nous avait oublié, ou que l’on eût sans le savoir offensé l’Univers. La voiture ne démarre pas, le téléphone n’a plus de batterie, l’eau de la casserole déborde… Une accumulation de couacs qui nous font nous demander ce qu’on a bien pu faire pour mériter ça. Cette période, pour moi, c’est cette semaine.

Tuile n° 1 : le train. Dimanche soir, à mon arrivée à la gare, je découvre avec joie que mon train est annoncé avec trois heures de retard. Autant vous dire que la perspective d’arriver à Paris au milieu de la nuit pour enchaîner avec huit heures de TP ne me réjouit guère. D’autant plus que, même si le sucre conserve, je n’ai plus vingt ans. Me voilà donc obligée de faire une des choses que je déteste le plus au monde : prendre une décision. Soit je prends mon mal en patience, je me débrouille pour rejoindre mon Airbnb et je m’écroule quelques heures avant d’aller en cours, soit je reporte mon train au lendemain, je rate un jour de cours et je profite d’une soirée supplémentaire en famille. Choix difficile, n’est-ce pas ? J’échange donc mon billet et, le lundi, me voici de nouveau à la gare, où je découvre de nouveau avec joie que mon train a de nouveau du retard. Rien de bien catastrophique, seulement une vingtaine de minutes ; pile ce qu’il faut pour me faire rater ma correspondance. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

Tuile n° 2 : la brioche. Mardi matin, je retourne au labo bien déterminée - contrairement à la SNCF - à rattraper mon retard. La veille, mes camarades ont pétri la pâte à brioche. Je m’y attelle au plus vite afin que ma pâte ait le temps de bien réfrigérer et, en fin de matinée, on façonne une tresse, une Nanterre, une couronne et quatre petites parisiennes. On met le tout en chambre de pousse et, quand on revient quelques heures plus tard… mes brioches n’ont quasi pas poussé. Pour quelle raison ? Mystère. Celles de mes camarades, elles, ont quasi doublé de taille. J’obtiens tout de même une légère prise de volume à la cuisson, mais j’ai connu des brioches plus moelleuses. A refaire.

 

Tuile n° 3 : la pâte à tarte. En mon absence, le groupe a réalisé une tarte et des tartelettes au citron meringuées. On dresse mon planning de rattrapage avec le chef : pâte sucrée et fonçage le mardi ; cuisson, garnissage et meringue le mercredi. Oui, sauf qu’à la sortie du four, mes fonds de tarte tirent une drôle de tête. On dirait une crème tranchée, mais en version pâte sucrée. Au goût, par contre, tout va bien. Bizarre. Par sécurité, on suspend le projet Lemon Pie et on charge le comité d’enquête Sweet Kougnou de mener des recherches.

Tuile n° 4 : les tuiles. Dans la liste des pâtisseries que je n’aime pas préparer, les tuiles aux amandes sont assez haut placées. Qui un jour a eu l’idée d’incurver dans des gouttières des petites crêpes de pâte tout juste sorties du four ? Le procédé me laisse perplexe, mais ce petit biscuit n’est pas désagréable… du moins tant qu’il est croustillant. Après quelques heures dans le labo, les tuiles ont pris l’humidité et sont devenues molles. Fichue météo !

Tuile n° 5 : le beurre noisette. C’est passablement dépitée que j’entame la préparation des financiers, notre dernière recette de la semaine. Sur le papier, rien de compliqué, j’en ai fait il y a pas longtemps. Dans la pratique, pour la première fois de ma vie, j’ai brûlé mon beurre noisette. 

Heureusement, il y a quand même eu du positif cette semaine. Par exemple, j’ai poché mes spritz sans éclater la moindre poche à douille, je n’ai pas brûlé le caramel nécessaire à la finition des salambos, et je me suis réconciliée avec le fondant. Certes, sa mise au point est toujours aussi fastidieuse, mais je trouve mes religieuses au chocolat tellement coquettes et gourmandes que je suis prête à le lui pardonner. Paprika est d’accord avec moi : ce gourmand a repris deux fois du dessert !

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